Il suffit d’une coupelle oubliée sous la pluie pour que tout un été bascule. En Alsace, on ne présente plus le moustique tigre, cet insecte rayé noir et blanc, minuscule, presque discret, mais capable de transformer une soirée en terrasse en séance de grattage collectif. Et la tendance ne s’inverse pas. Piqué au vif, Made in Alsace partage quelques trucs !

Fin 2025, 217 communes du Grand Est étaient officiellement colonisées, contre 163 un an plus tôt, soit une hausse de 33 % en douze mois. En Alsace, environ deux habitants sur trois vivent désormais dans une commune où l’espèce est installée, et l’Eurométropole de Strasbourg est concernée dans sa totalité depuis 2024.
Naturlii, on ne va pas se laisser faire. Voici dix gestes concrets, pensés pour un jardin et un intérieur alsaciens, pour limiter sa présence et savoir réagir quand la piqûre arrive quand même.
Comprendre l’ennemi avant d’agir
Aedes albopictus, de son petit nom scientifique, n’a rien d’un moustique de zone humide qui vole loin de chez lui. Son rayon d’action tourne autour de 150 mètres. Concrètement, celui qui vous pique dans le jardin est né chez vous, ou chez le voisin d’à côté. Il pique surtout le jour, avec deux pics d’activité bien marqués, tôt le matin et en fin de journée, et il a une préférence pour les chevilles. Il est actif de mai à novembre en Alsace, avec un pic en juillet, août et septembre, dès que les températures dépassent 13 à 15°C.
Cette biologie change tout dans la stratégie à adopter. Pas besoin de grands moyens, il suffit de lui couper l’accès à ce dont il a besoin pour se reproduire : de l’eau stagnante, en petite quantité, immobile.
Dans le jardin : 5 gestes qui coupent le cycle de reproduction
1. Traquer l’eau stagnante, même minuscule
Une femelle moustique tigre peut pondre dans une capsule de bouteille remplie de quelques millilitres d’eau de pluie. Coupelles sous les pots, jouets d’enfants oubliés dehors, brouette qui prend l’eau, pied de parasol : tout ce qui retient ne serait-ce qu’un fond d’eau devient un gîte larvaire potentiel. Le réflexe à prendre, une fois par semaine, sans exception.
2. Vider et frotter les coupelles de plantes
Vider l’eau ne suffit toujours pas, car des œufs peuvent adhérer aux parois. Il faut frotter la coupelle avant de la rincer, chaque semaine, pendant toute la saison. C’est le geste le plus efficace et le moins coûteux de toute cette liste.
3. Bâcher ou grillager les réserves d’eau
Fûts de récupération d’eau de pluie, bidons, tonneaux : ces réserves, très répandues dans les jardins alsaciens depuis quelques années, sont d’excellents gîtes si elles restent ouvertes. Une bâche tendue hermétiquement ou une moustiquaire fine posée sur l’ouverture règle le problème sans priver le jardin de son eau de pluie.
4. Ranger ce qui peut se remplir d’eau à l’abri
Arrosoirs, seaux, brouettes, jouets de jardin : tout objet creux laissé dehors devient, après un orage, une nurserie à moustiques. Le geste est simple, les ranger la tête en bas ou sous un auvent dès qu’ils ne servent plus.
5. Entretenir gouttières et regards d’eau
Les gouttières bouchées par des feuilles mortes retiennent l’eau bien après la pluie, tout comme les regards, les grilles d’évacuation ou les terrasses sur plots. Un nettoyage régulier, surtout à l’automne après la chute des feuilles, évite ces gîtes qu’on oublie facilement parce qu’ils sont hors de vue.
À la maison : 5 gestes pour ne pas leur ouvrir la porte

6. Poser des moustiquaires aux fenêtres et aux portes
C’est la barrière la plus simple et la plus durable. Une moustiquaire bien ajustée, sans trou ni espace sur les côtés, bloque l’entrée dans la maison sans empêcher d’aérer, ce qui reste essentiel pendant les épisodes de canicule alsaciens de plus en plus fréquents.
7. Vérifier les points d’eau intérieurs et sur le balcon
Vase de fleurs coupées, soucoupe sous une plante d’appartement, gamelle d’eau pour les animaux laissée plusieurs jours : à l’intérieur aussi, l’eau stagnante attire. Renouveler l’eau des vases tous les deux ou trois jours et vérifier les soucoupes des plantes de balcon fait partie des réflexes à intégrer à la routine ménagère.
8. Privilégier les répulsifs et les ventilateurs le soir
À l’heure de l’apéro sur la terrasse, un ventilateur brasse l’air et perturbe le vol du moustique tigre, qui est un piètre voleur face au vent. En complément, les répulsifs cutanés à base de DEET ou d’IR3535, appliqués selon les indications du produit, restent la protection individuelle la plus fiable, en particulier au lever et au coucher du soleil.
9. Porter des vêtements amples et clairs aux heures sensibles
Le tissu épais et la couleur claire dissuadent le moustique tigre, qui repère ses cibles notamment par contraste visuel et par la chaleur corporelle. Un pantalon léger et des manches longues en fin de journée, plutôt qu’un short, réduisent nettement le nombre de piqûres, sans recourir à aucun produit.
10. Signaler sa présence aux autorités sanitaires
Un geste collectif souvent oublié, signaler un moustique tigre identifié sur le site signalement-moustique.fr aide l’ARS à cartographier la progression de l’espèce et à cibler ses actions de lutte antivectorielle. Une photo nette suffit. En 2025, l’ARS Grand Est a reçu 321 signalements dans des communes qui n’étaient pas encore recensées comme colonisées, preuve que la vigilance de chacun fait avancer la carte.
Soigner une piqûre de moustique tigre
Malgré tous ces gestes, une piqûre finit toujours par passer entre les mailles du filet. Voici comment réagir, simplement.
Nettoyer la zone à l’eau et au savon dès que possible limite le risque d’irritation et d’infection en cas de grattage. Appliquer un froid local, comme un glaçon enveloppé dans un linge ou une compresse fraîche, calme rapidement la démangeaison et réduit le gonflement. Éviter de gratter reste le conseil le plus difficile à suivre mais le plus important, car le grattage répété peut créer une plaie et favoriser une surinfection cutanée.
Une crème apaisante, à base d’hydrocortisone à faible dose ou un gel spécifique piqûres d’insectes disponible en pharmacie, aide à réduire l’inflammation localement. Chez l’enfant, mieux vaut demander conseil au pharmacien avant toute application. Dans la grande majorité des cas, une piqûre de moustique tigre reste bénigne et disparaît en quelques jours.
Un point de vigilance mérite d’être connu en Alsace, où la circulation du virus est surveillée de près. Le moustique tigre peut transmettre la dengue, le chikungunya ou le Zika, mais uniquement s’il a lui-même piqué une personne déjà porteuse du virus. À ce jour, les moustiques tigres présents en Alsace ne sont pas porteurs de ces virus. Si une fièvre, des douleurs articulaires marquées ou une fatigue inhabituelle apparaissent dans les jours suivant une piqûre, en particulier après un retour de voyage en zone tropicale, il est recommandé de consulter un médecin sans attendre.

