1 septembre 2026

Melchior Reiff, le Robin des Bois qu’on a oublié dans la forêt de Haguenau

Publié le 01 septembre 2026

On connaît tous Robin des Bois. Errol Flynn avec ses collants verts, Kevin Costner avec son accent américain planté au milieu du Nottinghamshire, le dessin animé Disney avec son renard qui joue de la guitare. Ce qu’on sait beaucoup moins, c’est qu’à trente kilomètres de Strasbourg, dans la forêt de Haguenau, un homme bien réel a vécu à peu près la même histoire. En version alsacienne, et en beaucoup plus tragique.

Il s’appelait Melchior Reiff. Et franchement, si son histoire n’était pas si méconnue, on en aurait déjà fait un film.

Tout commence par une porte fermée

Pour comprendre comment un simple chef de guet finit pendu dans les ruines de sa ville, il faut remonter un peu. En 1659, Louis XIV, encore jeune roi de vingt et un ans, offre à son ministre Mazarin plusieurs territoires alsaciens récupérés sur les Habsbourg. Parmi eux, Haguenau, ancienne cité impériale des Hohenstaufen, avec son château fort planté sur une île de la Moder. Un bijou d’architecture romane, rien que ça.

Mazarin meurt sans jamais avoir mis un pied en Alsace, et c’est son neveu par alliance, devenu duc de Mazarin, qui hérite du titre de gouverneur. En décembre 1672, ce duc débarque à Haguenau pour visiter ses terres. Un soir, il rentre après six heures, l’heure à laquelle les portes de la ville ferment, un point c’est tout. Le duc veut qu’on lui ouvre quand même. Et là, un homme dit non : Melchior Reiff, chef des gardiens.

Il ne se contente même pas de refuser poliment. Il menace de tuer quiconque irait chercher les clefs. Le maire réunit les bourgeois de la ville, qui tranchent : la porte reste fermée. Résultat, le duc passe la nuit dehors, dans un hangar, en plein hiver. On imagine la tête qu’il a dû faire le lendemain matin.

La forêt comme seul refuge

Reiff sait très bien ce qu’il vient de déclencher. Humilier un duc, en 1672, ce n’est pas un détail administratif. Il s’enfuit avec son frère David dans la forêt de Haguenau, une étendue de soixante mille hectares où il va peu à peu rassembler tous ceux qui en ont assez de la présence française. Pendant sept années, ses hommes tendent des embuscades aux soldats du roi, en tuent quelques-uns au passage, et disparaissent aussitôt sous les frondaisons.

Ce qui rend cette histoire touchante, c’est que les habitants de la région ne les dénoncent pas. Au contraire. Avoir un Robin des Bois dans sa forêt, visiblement, ça ne dérangeait pas grand monde à l’époque.

Par Johann Daniel Schoepflin — Institut national d’histoire de l’art – Wikipédia

Quand Louis XIV décide de tout raser

Le pouvoir royal, lui, ne rigole pas du tout. Le ministre Louvois écrit noir sur blanc au commandant militaire du Rhin que la ville doit être détruite au plus vite, tout en lui conseillant de faire croire que l’initiative vient de lui. Une manière assez cynique de se laver les mains avant même d’avoir agi.

En janvier 1677, l’ordre est exécuté à la lettre. Plus de trois mille hommes démontent pierre par pierre le château impérial et ses quarante-huit tours. La ville brûle ensuite presque entièrement, à l’exception des églises et de quelques maisons dont les propriétaires ont eu les moyens de payer une rançon. Logiquement, ça ne calme pas les esprits, ça les enflamme. Les habitants rejoignent Reiff dans la forêt en nombre, au point d’élire un véritable contre-gouvernement.

En juillet de la même année, en tentant de libérer deux prisonniers, les frères Reiff tuent un lieutenant de l’armée royale. La réponse tombe deux mois plus tard : trois cents soldats achèvent de réduire la ville en cendres et bannissent purement et simplement les habitants restants.

La fin d’un homme, le début d’un mythe

Reiff finit par se faire prendre en octobre 1679, après sept ans de cavale dans sa forêt. Sous la torture, il avoue à peu près tout ce qu’on veut lui faire dire. La liste des charges retenues contre lui donne le vertige : assassinats, rébellion, incitation à la révolte, braconnage, vols.

Il est pendu le 16 décembre 1679, dans les ruines mêmes de la ville qu’il avait essayé de protéger. Son frère s’en sort avec le bannissement, comme les enfants de Melchior.

Haguenau ne s’est jamais vraiment relevée de cet épisode. Si le château n’avait pas été rasé, la ville ressemblerait sans doute aujourd’hui à Colmar, avec son centre historique intact. Mais ce qui n’a jamais disparu, en revanche, c’est le souvenir de cet homme. Régulièrement remis en avant par les mouvements attachés à l’identité alsacienne, Reiff est devenu, à sa manière, une sorte de symbole de résistance discrète.

Ce n’était pas un saint, ni un justicier au grand cœur qui redistribuait aux pauvres. C’était un chef de guet devenu chef de rébellion parce qu’il avait refusé, un soir d’hiver, de plier devant l’autorité. Mais peut-être que c’est justement ça, un vrai Robin des Bois.

Pas un héros parfait, juste quelqu’un qui a dit non au mauvais moment, et qui l’a payé cher.

INFOS PRATIQUES

Un regard sur Melchior Reiff par Made in Alsace.

Au-delà de cette histoire, celle de Haguenau mérite vos visites, ne serait-ce qu’avec ses Musées Archives…

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