Il y a des artistes dont tout le monde connaît l’œuvre sans jamais avoir entendu leur nom. Henri Loux, c’est exactement ça. Posez la question autour de vous : neuf personnes sur dix sauront décrire l’assiette d’Obernai les yeux fermés, mais bien peu sauront vous dire qui l’a dessinée.

Cette assiette qu’on a tous vue quelque part
Vous voyez de laquelle je parle. Celle qui traîne chez la grand-mère, celle qu’on retrouve dans toutes les fermes-auberges du coin, sur les nappes des winstubs, sur les boîtes de kougelhopf qu’on rapporte en souvenir. Des scènes de village, des paysans en costume traditionnel, des cigognes, des vignes, des maisons à colombages. On appelle ça le service Obernai. Et derrière, il y a un seul homme, une seule main qui a tout dessiné.
Un gamin de la campagne qui dessine mieux qu’il ne travaille en classe


Loux naît en 1873 à Auenheim, dans le Bas-Rhin. Il grandit à Sessenheim puis à Rountzenheim, dans une enfance de campagne, de champs et de saisons, le genre d’enfance qui laisse une empreinte durable sur un regard d’artiste. Au gymnase protestant de Strasbourg, ce n’est franchement pas un élève modèle. Sauf en dessin. Là, il écrase tout le monde.
Il aurait pu partir tenter sa chance à Paris, comme beaucoup d’artistes de l’époque le faisaient. Il ne le fait pas. Il reste, il observe les marchés, les moissons, les vendanges, les fêtes de village, et il couche tout ça sur le papier avec un mélange rare : la précision d’un type qui note tout, et la tendresse d’un enfant du pays qui aime ce qu’il regarde.
Sarreguemines, et la naissance d’un motif qui allait tout envahir
Vers 1900, la faïencerie de Sarreguemines lui commande une série de décors. Douze scènes de la vie rurale alsacienne. Douze petits tableaux qui deviendront, sans qu’il le sache, le motif le plus reproduit de toute la région. On connaît l’assiette, on ne connaît pas le nom de celui qui l’a inventée. C’est souvent comme ça avec les grands artisans populaires : leur travail devient tellement partagé qu’il finit par exister sans eux.
Et franchement, ce qui frappe le plus dans son trait, c’est qu’il n’y a rien de moqueur ni de forcé. Chaque visage a une vraie expression, chaque posture raconte un geste, un métier, une saison précise. Loux ne fait pas du folklore de carte postale. Il documente, avec de l’amour dans chaque coup de crayon.
Mort trop tôt pour voir ce qu’il avait créé
Loux meurt en 1907 à Strasbourg, dans le quartier de Neudorf. Il n’a que 34 ans. On l’enterre au cimetière du Polygone, au Neuhof. Il n’aura jamais su à quel point son travail allait traverser le siècle.
Plus de cent ans plus tard, ses dessins sont toujours là. Sur la vaisselle, sur les torchons, sur les cartes postales, jusque sur les emballages de bretzels. Une œuvre qui a survécu aux guerres, aux frontières qui ont changé plusieurs fois, aux modes qui passent. Elle est toujours dans le cœur des Alsaciens. Ça, c’est ce qu’on appelle un patrimoine vivant.
Aller voir l’œuvre de près, à l’Espace Henri Loux de Gerstheim
Si l’envie vous prend d’aller plus loin que l’assiette du dimanche, direction Gerstheim. La commune a créé un espace dédié à Henri Loux, avec une collection de vaisselle du service Obernai vraiment impressionnante. Environ 150 pièces réparties dans cinq vitrines, certaines rares, quelques-unes uniques.
Un audioguide en français vous accompagne pendant la visite, et l’entrée est libre, à la mairie du village.

C’est là, planté devant une vitrine, qu’on mesure vraiment ce que cet homme discret a laissé derrière lui. Sans le vouloir, sans même le savoir, Henri Loux est devenu l’un des plus grands ambassadeurs visuels de l’Alsace.
Et utilisez vos éléments de service au quotidien, une manière de rendre Loux éternel et si tendance en fait.

