2 juillet 2020

Roland Perret, la Nalsace et l’Alsace

Les rencontres de Made in Alsace, c’est la découverte d’hommes et de femmes qui font l’Alsace, qui aiment notre région. On commence avec Roland Perret, le père de la Nalsace et de bien des fresques en Alsace. On se dit tout…

Roland Perret, comment se découvre-t-on illustrateur, peintre, dessinateur

Roland Perret: Ça a été  quelque chose qui s’est imposé à moi tout jeune. Quand on est plutôt de caractère introverti, on plonge facilement dans de ce genre d’activités propices à la recherche intérieure. Il m’était souvent difficile de relire mes cours tant ils étaient couverts de dessins. Je dessinais mes rêves et des univers fantastiques qui avaient tendance à troubler mes parents. Ils ont consulté derrière mon dos pour savoir si c’était normal, pour le fils d’industriel que j’étais, de s’adonner à ces fantasmagories bizarres !

J’ai été remarqué par une galeriste qui m’a exposé Place du Marché Gayot (derrière la cathédrale) alors que je n’avais que 17 ans. Les DNA avaient été étonnés par ces planches au format raisin remplies de centaines de personnages et d’animaux réalistes ou fantasques tracés au stylo-bille.

À l’époque, la presse pouvait suivre les artistes, il n’y avait pas autant d’expositions que de nos jours. Les amateurs n’osaient pas montrer leurs œuvres et si vous étiez remarqués par les DNA, tout le monde ou presque était au courant puisqu’il n’y avait pas autant de supports qu’aujourd’hui.

Je me suis lancé dans la carrière de peintre vers 22 ans…

C’est curieux d’ailleurs, il y a maintenant plus de possibilités de se faire connaître grâce à internet et c’est formidable, mais du coup, on est perdus dans une masse d’informations qui coule dans des tuyaux fermés, sur abonnements souvent comme Facebook, et votre propre voisin ignore souvent ce que vous faites alors que vous communiquez à longueur de temps.

Je me suis lancé dans la carrière de peintre vers 22 ans et j’en vis depuis. Bien sûr, et c’est un cliché, les débuts ont été difficiles. J’acceptais tous les travaux qui avaient une relation avec le métier et je me suis retrouvé à peindre sur des camions, des motos, des façades, tout en faisant de la bande dessinée et des tableaux à l’huile. Explorer toutes les techniques possibles pour pouvoir vivre de mon art était mon objectif et je continue toujours  aujourd’hui avec le numérique et la 3D par exemple.

À l’époque, j’ai découvert l’acrylique alors que le milieu artistique et les galeries la décriaient comme une technique indigne ! Ça a été la même chose pour l’aérographe et une galerie strasbourgeoise m’a traité de tricheur parce que j’utilisais une machine (!) La même galerie (rue de la Nuée bleue) offrait quelques années plus tard des coffrets d’aérographe à ses meilleurs artistes ! Je me suis tourné vers Paris et j’ai été accepté avec mes aérographies dans une des trois seules galeries qui exposaient de l’art fantastique.

Mes peintures se vendaient à New York par leur intermédiaire mais bon, je ne vais pas vous raconter toute ma vie. Je suis finalement revenu en Alsace et développé les fresques murales comme celle de la rue du 22 novembre sur la façade du cinéma St Exupéry. Et puis, en 2016, je me lance dans l’écriture et l’illustration avec la Nalsace.

On vous découvre, effectivement, avec la Nalsace, cette « région parallèle et inversée sous l’Alsace, à l’intérieur de la Terre creuse éclairée par un soleil. Ce monde lumineux se nomme la Nintérieure ». Comment l’avez-vous découverte ?

Roland Perret: La découverte ? Mais en plongeant dans une Nalsature voyons, une porte spatialobretzellique qui permet de se projeter dans la Nintérieure !

Le fait d’imaginer une Alsace idéale dans un monde imaginaire

Plus sérieusement, le fait d’imaginer une Alsace idéale dans un monde imaginaire a permis de sortir des clichés, de déployer une poésie librement et de faire découvrir certaines richesses mal connues de notre région. Le succès de la Nalsace est dû avant tout à ses illustrations et l’humour est le trait principal et évident de ces ouvrages.

C’est aussi un roman dont l’aventure culmine dans « Le Namour de la Nalsace ». Mais il y a surtout un niveau de lecture plus profond, certaines études sur la symbolique, l’iconographie régionale, le costume et de la philosophie, de la spiritualité.

 Le principal apport de la Nalsace à la région est sans aucun doute la mise en exergue du bretzel. En rappelant sa présence sur la table du Christ dans le Hortus Déliciarum (11e siècle) et en proposant un décryptage de ce très riche symbole graphique sur une base celtique («La Nalsace et la Narmorique»), cette petite pâtisserie est devenue un symbole de l’Alsace, un peu comme le triskel breton.

On se moquait de moi autrefois quand je parlais du symbole du bretzel et je m’amuse aujourd’hui à le trouver un peu partout. La dernière fois que je l’ai vu, c’était tatoué sur un mollet !

On connait votre passion pour l’Écomusée. Quel est votre regard sur ce site ?

Roland Perret: C’est l’endroit à la Surface qui ressemble le plus à la Nalsace de l’intérieur de la Terre. J’aime son atmosphère un peu magique et j’admire le travail de reconstitution qui a été fait. Connaître son passé permet de mieux relativiser le présent.

On tente volontiers avec vous un questionnaire de Proust « Made in Alsace » … Libre à vous d’expliciter les réponses ?

Roland Perret:

  • Si vous étiez une boisson alsacienne : un jus de choucroute ! Excellent pour la santé (j’en parle dans « Délires de Choucroute dans la Nalsace. Éd. Nuée bleue)
  • Si vous étiez un monument alsacien : S’Ganzeliesel de l’Orangerie. C’est une sculpture géniale avec un mouvement extraordinaire.
  • Si vous étiez une ville alsacienne :Heiligenberg, à cause de son nom et de sa silhouette vue de la voie rapide.

Si vous étiez une recette d’Alsace : la knackgalette, inventée pour le Festival de la Nalsace !

Quelle est votre actualité aujourd’hui, quand vous retrouve-t-on seul ou avec les namis de la Nalsace ?

Roland Perret : On peut me retrouver dans la galerie que je partage avec ma compagne artiste, Jordane Desjardins, 9 rue des capucins à Molsheim (sur RV)

Les expos en préparation, beaucoup de choses à Molsheim qui fête un anniversaire important :

  • La « Nalsace médiévale », le 15 août 2020, organisée par les Namis de la Nalsace, Place de l’Hôtel de Ville à l’occasion des 1200 ans de la naissance de ma ville natale : Molsheim.
  • « L’Art fantastique de Roland Perret » Musée de la Chartreuse, Molsheim, du 4 septembre au 15 octobre

J’avais réalisé en noir et blanc la première bande dessinée historique alsacienne : « La Cour des Maléfices » en 1985. Rééditée et colorisée, elle sera présentée à la Médiathèque de Molsheim, du 1 octobre au 28 novembre.

  • Le Festival des Namis de la Nalsace les 7 et 8 novembre 2020, salle de la Monnaie à Molsheim

Mais l’actualité la plus importante est la parution prochaine d’un nouveau livre !

« 20 000 Lieues sous l’Alsace »

C’est un événement attendu par la communauté des fans de la Nalsace. Depuis quelques années, j’ai sorti des brochures pour les enfants mais voilà enfin un roman graphique de 68 pages, très richement illustré : « 20 000 Lieues sous l’Alsace »

Une Nalsace à la sauce Jules verne, au style steampunk, avec une exploration truculente des fonds marins loin sous la nappe phréatique.
J’ai besoin de la communauté des fans de la Nalsace pour l’imprimer et un financement participatif est en préparation.

Découvrez l’esprit Tipeee !

Un Tipeee, » le Bretzel sacré » est déjà en place pour m’aider et en contrepartie j’envoie par la poste chaque mois des dessins originaux choisis par les participants, leurs caricatures imprimées dans le livre et plein d’autres choses.

Tipeee est un site très bien conçu qui soutient réellement le travail des artistes, n’hésitez à devenir Tipeur ou Tipeuse,  c’est une manière efficace d’embarquer pour le monde merveilleux de la Nalsace !