Il y a un moment, chaque année, où la forêt vosgienne change de voix. Les hêtres virent au cuivre, les feuilles craquent sous les chaussures, la plaine se noie dans le brouillard pendant que les crêtes prennent le soleil. Mais comme nous, vous aimez randonner en Alsace.

Les habitués des sentiers le savent : c’est la plus belle saison pour marcher. C’est aussi celle où ils remplissent leur sac avec le plus de soin. Parce qu’en automne, une journée douce à 15 degrés au départ de Munster peut très bien se terminer dans le vent froid du Hohneck, frontale sur le front, poncho sur le dos.
Ce qui suit n’a rien d’un règlement. Ce sont des habitudes de marcheurs, prises au fil des sorties, parfois après une mauvaise surprise.
La carte, avant tout le reste
Le randonneur qui connaît les Vosges ne part jamais sans carte papier. Le smartphone, il l’a, bien sûr, mais il le garde en renfort ou pour se rassurer( ici, on a mis une balise-tag dans la voiture au cas où il faut le “localiser”). Il faut dire que l’Alsace est gâtée : le Club Vosgien, avec ses bénévoles, balise et entretient plus de 20 000 km d’itinéraires et gère aussi des chalets, refuges et abris. Au-delà de l’appli, là encore, on pense papier.
Ses cartes au 1:25 000, éditées avec l’IGN, reprennent fidèlement tous ces signes.
Ceux qui débutent se trompent souvent sur un point : la couleur du balisage ne dit rien de la difficulté. C’est la forme qui compte. Le rectangle marque la traversée nord-sud du massif, le losange l’est-ouest, le disque les circuits de plus d’une demi-journée, les anneaux ceux de 2 à 4 heures.
Les anciens du club donnent aussi un conseil qu’on oublie trop vite : se méfier d’une carte trop vieille. Un tracé peut être dévié pour sécuriser un sentier abîmé pendant l’hiver, et les cartes ne sont pas réimprimées tous les ans. Carte et GPS se complètent. Et celui qui n’a pas de carte peut toujours glisser dans sa poche une photocopie couleur de son secteur.
Les trois indispensables, version automne
Le trio de base ne bouge pas d’une saison à l’autre : de l’eau, de quoi se protéger de la pluie et du vent, de quoi se tenir chaud. L’automne demande juste de l’ajuster.
L’eau, d’abord. On a moins soif qu’en juillet, et c’est justement là que le piège se referme. Le marcheur prudent compte toujours environ un litre par personne pour une demi-journée, et boit une petite gorgée régulièrement, même sans en avoir envie.
À partir d’octobre (selon les années), beaucoup ajoutent une bouteille isotherme de thé chaud. Il suffit de l’avoir vécu une fois : au sommet du Petit Ballon, quand le vent se lève et que les doigts s’engourdissent, ce gobelet fumant qui passe de main en main a le goût d’un trésor.
La veste imperméable, ensuite. Sur les crêtes, la météo tourne sans prévenir, et les chaumes n’offrent aucun abri. Le brouillard qui monte de la vallée mouille autant qu’une averse. Même sous un ciel bleu au départ, la veste reste au fond du sac. Ceux qui l’ont laissée à la voiture une fois ne recommencent pas. Le froid n’est pas toujours une illusion de l’esprit…
Enfin, la couche chaude. Polaire, softshell ou doudoune légère, qu’on enfile dès la première pause, avant d’avoir froid. L’automne ajoute un bonnet et une paire de gants fins. Presque rien dans le sac, et pourtant c’est ce qui fait la différence entre un pique-nique qu’on écourte en grelottant et un vrai moment passé à regarder la vallée.
La course contre la lumière
En automne, la vraie montre du randonneur, c’est le soleil. Et il file vite.



À Strasbourg, le 20 septembre 2026, le soleil se couche à 19h32, et le crépuscule civil se termine à 20h03. Un mois plus tard, fin octobre, il disparaît vers 18h20. Puis vient la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre, celle du passage à l’heure d’hiver : d’un coup, le coucher tombe autour de 17h20. Début novembre, il fait nuit vers 17h, et le coucher de soleil le plus précoce arrive le 11 décembre, à 16h35.
Ces horaires valent pour la plaine. En montagne, la réalité est plus sévère.
Au fond d’une vallée comme celle de Munster ou de Kaysersberg, le soleil passe derrière la crête bien avant l’heure officielle. Sous les sapins, la pénombre s’installe une bonne demi-heure plus tôt qu’à découvert. Le marcheur qui descend du Hohneck vers 17h, fin octobre, le sait : la lumière rasante sur les chaumes est magnifique, mais la forêt en contrebas est déjà plus sombre.
Les habitués ont donc une règle simple. Ils regardent l’heure du coucher la veille, pour la commune de départ, retirent une heure de marge et calent leur itinéraire là-dessus. Ce qui compte, ce n’est pas l’heure d’arrivée au sommet, c’est l’heure à laquelle on quitte la forêt.
Et la frontale reste dans la poche du haut, avec des piles de rechange, même pour une petite boucle de l’après-midi. Il suffit d’un repas marcaire qui traîne un peu, d’une cheville qui tourne, d’un détour pour écouter un cerf bramer au loin, et la descente se termine dans le noir.
Ce que l’automne apprend à ajouter
Un vêtement de couleur vive, d’abord.
L’automne, c’est la saison de la chasse, et les battues sont fréquentes dans les forêts alsaciennes. Elles sont normalement balisées. Dans le Bas-Rhin, l’information est mise à jour et transparente sur un habile Cyneportail.

On conseille de rester sur les sentiers balisés, de porter des couleurs vives, de tenir son chien en laisse et de guetter les panneaux d’avertissement. Un orange fluo ou un jaune vif ( y compris pour le chien) permettrait d’être repéré jusqu’à 150 mètres, même à travers la végétation. Pas besoin de se déguiser : un bonnet orange ou une housse de sac voyante suffisent .
Des bâtons de marche. Les feuilles mortes cachent les racines, le grès rose devient savonneux dès qu’il pleut, et certaines descentes vers les vallées sont franchement raides. Les genoux disent merci, et les glissades se font plus rares.
Rajoutons une petite trousse de secours, avec pansements, bande, désinfectant, une couverture de survie, un n sifflet. Un téléphone chargé et une batterie externe, parce que le froid et les seflies vident les batteries bien plus vite qu’on ne l’imagine.
Le casse-croûte, parce qu’on est en Alsace
Quand il fait frais, le corps brûle plus d’énergie juste pour se réchauffer. Les randonneurs emportent de quoi grignoter souvent : fruits secs, noix, un morceau de fromage, une tranche de pain. Et si le tracé s’y prête, beaucoup prévoient une halte dans une ferme-auberge. D’autres ont peur de manquer et rajouter de quoi se faire du bien. A chacun selon les envies et les besoins physiques propres ( sucre, barres, etc…).
Petite précaution : certaines fermes “ferment” en fin de saison, alors un coup de fil la veille évite de trouver porte close, le ventre vide, à 1 200 mètres d’altitude.
Avant de fermer le sac
Deux vérifications prennent cinq minutes et évitent bien des déconvenues. L’heure du coucher du soleil, on l’a vu. La météo des sommets, qui n’a souvent rien à voir avec celle de Colmar ou de Strasbourg. Un peu de papier toilettes aussi …
Et puis il y a ce geste simple que tout le monde connaît et que beaucoup oublient : prévenir quelqu’un de l’itinéraire prévu et de l’heure de retour.
Au fond, le rucksack parfait n’existe pas. Chacun a son rapport au froid, à la faim, au confort, et chacun finit par trouver son équilibre. L’équilibre du sac , voilà une autre chose, un sac réfléchit se (sup)porte mieux.
Mais un sac bien pensé, c’est aussi la liberté de profiter de la lumière d’octobre dans les forêts d’Alsace sans jeter un œil inquiet à sa montre. L’important, c’est d’être dehors. Et d’en revenir avec l’envie d’y retourner.
A-t-on oublié quelque chose ? A part la boussole, les bâtons …
