9 février 2019

L’Alsace, Tomi Ungerer et nous

On a tous en nous quelque chose de Tomi ! Tomi en Alsace, c’est Tomi Ungerer. Tomi Ungerer, c’est l’illustrateur, la conscience de la double culture rhénane, l’artiste, le grand-père rebelle que l’on aurait aimé avoir. Tomi Ungerer, c’est aussi une figure de l’Alsace … C’est l’artiste ayant eu un musée à son nom de son vivant. Tomi Ungerer est un artiste Made in Alsace, un semeur d’Alsace en fait !

Tomi Ungerer, un artiste « Made in Alsace »

Lorsque nous écrivons un artiste « Made in Alsace », nous ne le relions pas à nous. Nous nous relions à lui. Un jeune alsacien dont l’histoire croisa l’Histoire, une plume aimant à jouer à saute-mouton au-dessus du Rhin, tant il fit sienne cette double culture.

Docteur Tomi et Mister Ungerer serions-nous tenté d’écrire.

Lui qui est ouvert sur le monde, se retrouva plus que jamais alsacien. « Je me suis redécouvert Alsacien, d’une façon presque féroce. C’est seulement avec l’âge qu’on se rend compte du poids de ses origines. L’Alsace, c’est très important pour moi. » écrit-il en 1981.

Il prolongera : « « Je vivais au Canada, et voilà que soudain après quinze années d’emmigrationnages je me retrouvais des racines, tout à fait halseciennes, et une âme et un cœur aussi. Une identité qui tout à coup a fait surface, au poing que j’en suis devenu malgré la distance une espèce de militant du provincialisme. » (« L’oncle Hansi mis à bien et à mal par Tomi Ungerer » dans Le Grand livre de l’oncle Hansi, Herscher, 1982). –  (« L’oncle Hansi mis à bien et à mal par Tomi Ungerer » dans Le Grand livre de l’oncle Hansi, Herscher, 1982). .

© Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

L’homme n’a pas toujours été prophète dans son pays. Les Editeurs Suisses et Allemands l’auront beaucoup accompagné. On pense là notamment à Diogenes… Diogenes Verlag.

Tomi Ungerer, né Jean-Thomas Ungerer le 28 novembre 1931 à Strasbourg et mort le 9 février 2019 à Cork, en Irlande lira-t-on sur Wikipédia…

De l’Alsace à l’Irlande, c’est l’histoire d’un homme qui s’est écrit…  Celui d’un enfant de 4 ans lorsque son père disparait, celui d’un Alsacien prénommé Jean et qui devient Hans du fait de la germanisation. Sa mère, elle ; lui parle en Français ce qui lui vaudra d’être dénoncée avant de se sauver d’une pirouette salutaire.

Tomi se dit alors « Français à la maison, Alsacien dans la rue, et Allemand à l’école ». Il supportera mal qu’une fois la guerre terminée, on lui interdise, cette fois, de parler alsacien.

Enraciné en Alsace et Globe-Trotter

Osons écrire qu’il tient de la cigogne ! Tomi Ungerer sera enraciné en Alsace et ouvert sur le monde.  En 1946, il explore la France à vélo ; quelques années plus tard, il part jusqu’au Cap Nord. Le voilà Méharistes en Algérie. L’étudiant en Arts Décoratifs parcourt le monde en auto-stop ou en travaillant comme marin.

Viendra l’escale à New York et le succès. New York Times, Life, se l’arrachent. Démarrent Lees premiers livres pour enfants. L’homme marie alors satire et humour. Le voilà de partir en 1971 au Canada, avant en 1976 de rejoindre l’Irlande, terre natale de son épouse.

Européen, il aime à revenir en Alsace, son Alsace… « Pour la première fois depuis des siècles, Strasbourg et l’Alsace sont au bon endroit au bon moment » pense-t-il à haute voix.

Brigand alsacien et philosophe rhénan

Son musée sera une récompense mais surtout un bel écrin pour l’artiste et collectionneur qu’il est.

Il laisse, il nous laisse une œuvre vaste … Jean de La Lune et les Trois Brigands sont orphelins.

Nous aussi. Les estampes sont vastes. Des celles sur l’Alsace à d’autres sur Strasbourg, la rhénanité, l’Europe. D’autres feuillettent d’autres planches pour adultes.

L’Alsace perd un des siens, brigand alsacien et philosophe rhénan.

Merci pour tout Tomi ! Au revoir Tomi Ungerer !

Des anges passent, chorale bilingue. Ils chantent “Die Gedanken Sind Frei”. Les Pensées sont libres. Comme Tomi !

 

Made in Alsace

Photos DR