Made In Alsace

27 novembre 2009

Gilbert Gress was Noch ? L’entretien intégral “Made in Alsace”

Gilbert Gress… Le nom transcende les générations. Pour certains, c’est la silhouette du joueur qui surgit. Pour d’autres, c’est l’entraineur. Celui de 1979 et du titre de Champion de France du Racing Club de Strasbourg, celui aussi revenu juste avant l’été et poussé vers la sortie pour « fautes graves ».

« Fautes graves – un été d’enfer à la Meinau » c’est justement le titre du livre qu’il vient de publier aux Editions du Boulevard. Un livre empli de valeurs fortes : honnêteté, sens de l’effort, don de soi, travail. Des valeurs peut-être plus fortes en Alsace qu’ailleurs. Des valeurs qui nous ont fait aimer le livre et retrouver Gilbert Gress.

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 Made in Alsace : Gilbert Gress, vous publiez «Fautes graves – un été d’enfer à la Meinau ». Pourquoi ce livre ?

Gilbert Gress : Il y a plusieurs raisons, mais la première fait suite aux réactions des Alsaciens et Strasbourgeois.

À partir de mon éviction, je n’ai pas arrêté de recevoir des messages de sympathie, des appels, des cartes. À tel point que lorsque, chaque matin, je faisais les quelques mètres qui me séparent de ma boulangerie, des personnes m’apostrophaient, des voitures s’arrêtaient.

À chaque fois, j’entendais les mêmes mots « vous ne pouvez pas vous laisser faire », « on est avec vous ». Et, lorsque « la Bible » (Ndlr : l’Équipe)  commit un article me concernant, l’élan populaire s’amplifia encore. 

Le 27 aout 2009, j’assiste attristé aux obsèques d’Adrien Zeller en la Cathédrale de Strasbourg. À la sortie, c’est la même chose. Des gens, anonymes ou non, venaient vers moi avec le même message. J’ai alors pris la décision d’écrire ce livre à la fois pour répondre à l’actionnaire majoritaire, pour donner un point de vue différent et vécu de ce que je lisais dans la presse.

« Je venais pour le Racing, avant tout »

Made in Alsace : Lorsqu’on lit votre livre comme nous l’avons fait, on se dit « quel gâchis » et on tombe des nues. On a tenté de vous salir et vous êtes là, calme, serein et motivé. Qu’est-ce que qui fait marcher Gilbert Gress ?

Gilbert Gress : Je vous coupe… Vos questions sont pertinentes. Au lendemain de mon éviction, des gens sont venus naturellement vers moi en pensant que j’allais souffrir de la situation. En fait, je souffrais d’abord pour l’avenir du club. Moi, on m’avait prévenu : « Vous ne savez pas où vous mettez les pieds » !

Dès l’affaire Paisley, on m’avait dit que certains voulaient ma tête, qu’ils jalousaient mon capital de sympathie et ma notoriété auprès de la population alsacienne. Je n’ai pas voulu les écouter, je venais pour le Racing, avant tout. Je savais que des pourparlers étaient également engagés pour la venue de Jacky Kientz à la tête du club. Les qualités de l’homme, mais aussi l’entente et le respect mutuel que j’ai avec lui me motivaient aussi. Aujourd’hui, des choses doivent être dites, clairement.

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Made in Alsace : Vous évoquez les déclarations des joueurs à votre encontre. Vous n’êtes pas tendre avec certains. Y-a-t-il eu un complot anti-Gress ?

Gilbert Gress : Je vous arrête de suite. Il n’y a pas eu de complots de joueurs. Croyez-vous qu’un Cassard, un Pichot, un Geye aiment la défaite ? Croyez-vous qu’un des jeunes que je lance dans le grand bain ait envie de me décevoir ? Non !

Par contre, certaines déclarations intempestives ont peut-être été stimulées par l’actionnaire majoritaire.

Il me semble que cela avait déjà été le cas avec Jean Pierre Papin. Enfin, si la médiatisation de certaines déclarations de certains joueurs égalait l’énergie qu’ils déploient sur le terrain, Strasbourg ne serait certainement pas dans les profondeurs du classement.

Une communion de pensée autour d’un club et de son histoire.

Made in Alsace : Vous avez répondu à bien des questions depuis la parution du livre. Quelle est celle que l’on ne vous a pas encore posée et à laquelle vous aimeriez répondre ?

Gilbert Gress : Ben… La question de la préface ? Cette préface d’André Bord, il faut en parler. Tout d’abord parce que c’est un geste fort pour celui qui fut Président du Club, ensuite parce qu’elle symbolise une communion de pensée autour d’un club et de son histoire.

Comme il l’écrit, nous avons grandi dans le même quartier, au Schluthfeld, et nous avons partagé la même passion pour le Racing Club de Strasbourg. Nous nous sommes retrouvés, il y a deux ans.  Nous avons parlé. Lorsque j’ai lu ce qu’il écrivait, cela m’a fait chaud au cœur.

« Il n’y a pas de grands clubs sans grands présidents »

Made in Alsace : Vous écrivez « Il n’y a pas de grands clubs sans grands présidents. Mais au-delà de tout cela comment imaginer l’avenir de ce club que nous aimons tous : nouveaux actionnaires, actionnariat populaire ?

Gilbert Gress : Vous savez, il y a 50 ans que je dis cela. Je serais tenté ensuite de rajouter qu’il n’y a pas de grands clubs sans grands entraineurs. Prenez Lyon, pensez-vous que le club serait à ce niveau sans Jean-Michel Aulas ?

J’ai connu au Racing, le Président Joseph Heintz, par exemple. Il menait le Racing. Le président est donc important

Mais ce qui est important, c’est la compétence. Il faut des moyens, mais la compétence, elle, ne s’achète pas. Si vous prenez Jean Luc Lagardère à Paris, il investit beaucoup, mais très vite, il comprend que le football n’est pas son domaine.  Le Président donne une ligne directrice, il insuffle la dynamique.

Vous parlez de nouveaux actionnaires, d’actionnariat populaire… Cela m’évoque mon retour au début de l’été. J’ai immédiatement reçu des appels d’entrepreneurs, mais aussi de gens simples, comme vous et moi, prêts à aider le Racing… avec leurs économies.

Et puisque nous parlons budget… Le Racing aurait le 2e ou 3e budget de la L2. Encore faut-il savoir sur qui il a été placé.

Où sont et que font ces joueurs aujourd’hui ? Je vous le répète, un club a besoin de moyen, mais ce dont il a besoin en priorité c’est de gens compétents et motivés.

« Je sais qu’il y a dans les clubs alsaciens des jeunes talents qui ne demandent qu’à éclore et qui ont envie de travailler. »

Made in Alsace : Quel avenir rêvez-vous pour le Racing ? Sachant que l’Alsace est l’une des régions qui compte le plus de licenciés en football, serait-il encore possible de constituer, comme en 1979, une équipe majoritairement alsacienne ?

Gilbert Gress : Quel avenir ? Humm, mais j’aimerais que le Racing puisse devenir champion d’Europe, bien sûr ! Mais plus sérieusement je sais aussi que cela ne se fait pas en un jour, ni avec n’importe qui.

Concernant l’équipe, l’époque n’est plus la même. L’arrêt Bosman a changé la donne, seulement je sais qu’il y a dans les clubs alsaciens des jeunes talents qui ne demandent qu’à éclore et qui ont envie de travailler.

Et puisque l’on parle de travail. Permettez-moi d’évoquer les fameux stages de préparation de Gilbert Gress. Là, aussi, j’ai lu et entendu tout et n’importe quoi dans la presse. Où sont donc passées les plumes des journalistes sportifs qui faisaient honneur aux colonnes de leurs journaux ? Ce n’est pas parce qu’on donne la parole à quelques « pleureuses » et autres fainéants que l’on écrit la vérité.

J’aurais donc “épuisé” des joueurs en les faisant courir.  Comme vous le lirez dans mon livre, encore faut-il que ceux que j’aurais épuisés aient vraiment couru. Enfin, entre nous, entendre un footballeur professionnel, avec le salaire qui est le sien, se plaindre parce que son entraineur l’aurait fait courir dehors, cela me choque.

Comment ne pas penser, un instant, aux ouvriers, aux artisans ou à d’autres personnes qui travaillent dur et dans des conditions difficiles, sans avoir le droit de se plaindre.

Avant ce stage du Racing, j’en ai organisé 49 autres, avec des champions de France, d’Espagne, de Suisse, d’Allemagne et même Frank Leboeuf, champion du monde. Personne ne s’en est plaint. Et même cette année, au sortir du stage, certains jeunes avaient progressé et le montraient sur le terrain.

Honnêteté, sens de l’effort, don de soi, travail…

Made in Alsace : Vous le savez, notre magazine se nomme « Made in Alsace ». Et donc, le fait d’être Alsacien, vous a-t-il aidé pour faire carrière à l’étranger ? Au Racing ?

Gilbert Gress : Je suis l’un des premiers joueurs à avoir évolué à l’étranger et le fait d’être Alsacien ne fut pas un atout lorsque je fis mes premiers pas à Stuttgart. Tout simplement parce que je prenais la place d’un autre. À l’époque, il n’y avait pas de passe-droits. Une place parmi les titulaires, il fallait la chercher à l’entrainement, en travaillant et en prouvant à l’entraineur que l’on avait envie de gagner.

En 4 ans et demi, je n’ai jamais été une seule fois remplaçant et si j’ai loupé l’un ou l’autre match, c’était en raison d’une blessure ou d’une suspension un peu bête. Avant l’origine, et comme je l’ai dit plus tôt, seule compte la compétence.

… Un lien m’unit aux Alsaciens, des valeurs aussi

Maintenant, c’est clair. Un lien m’unit aux Alsaciens, des valeurs aussi. Je raconte dans le livre un souvenir. Les Alsaciens étaient fiers de voir l’un des leurs réussir en Allemagne. Lors d’un match à guichets fermés contre Munich 1860, on vint me chercher : “Il y a devant la porte quinze Alsaciens qui voudraient vous voir, ils n’ont pas de billets”. Ils arrivaient de Seltz, d’Haguenau, de Strasbourg. Je suis allé voir le bras droit du président, Franz Seybold qui n’aimait – disait-on – pas les étrangers. Il trouva les billets et je fis 15 heureux.

Comment ne pas penser à ces Alsaciens qui ont continué à me suivre en Bundesliga, mais aussi à ces bus entiers qui quittaient la Place de la Bourse pour assister aux matchs de Coupe d’Europe du Xamax, à Neuchâtel.

Tout cela, c’est l’attachement à une région et le partage d’une passion commune et des vraies valeurs sportives…Cela, vous et vos lecteurs, vous le comprenez. J’en suis sûr.

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« Fautes graves – un été d’enfer à la Meinau »
Gilbert Gress – Les Editions du Boulevard

Interview, dessins et photos © "Made in Alsace" ( merci de mentionner la source)

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