Treize degrés sous la terre. Il fait toujours 13 degrés, au fond du Fort de Schœnenbourg… Été comme hiver, jour comme nuit. Émile a fini par ne plus savoir quelle heure il est là-haut, à la surface.

Sous trente mètres de roche et de béton, le temps se mesure autrement : au rythme des quarts, au grondement de l’usine électrique, à l’odeur de la soupe qui monte des cuisines.
Un enfant du pays
Il a vingt-trois ans. Il vient de Wissembourg, à quelques kilomètres à peine.
Parfois, depuis le bloc de combat, il aperçoit au loin les collines de son enfance et se demande si sa mère a allumé le poêle ce matin.
Trois kilomètres de galeries
La journée commence à six heures. Toilette rapide à l’eau froide, café tiède, puis le long couloir. Trois kilomètres de galeries relient les blocs entre eux, et un petit train électrique les parcourt en cliquetant.


Émile connaît chaque virage, chaque porte blindée, chaque lampe qui grésille.il salue des gradés.
Prêt à riposter
Son poste est à la tourelle. Là, il nettoie, il graisse, il vérifie.
Le canon doit être prêt à tirer à la seconde. Les officiers le répètent sans cesse : l’ennemi peut surgir n’importe quand.

Alors on s’exerce, encore et encore, jusqu’à ce que les gestes deviennent des réflexes.
La drôle de guerre
Mais l’ennemi n’est pas loin. On attend. On joue aux cartes dans les chambrées étroites, on écrit des lettres, on relit celles qu’on a reçues jusqu’à en user le papier.
Les copains du Nord racontent leurs fiancées, ceux du Midi se plaignent du froid et de l’humidité. Le soir, dans les lits superposés, on entend le souffle de dizaines d’hommes et le ronronnement de la ventilation qui ne s’arrête jamais. Du 3 septembre 1939 au 25 juin 1940, 15 792 obus de 75 mm et 682 obus de 81 mm, partiront d’ici…
Parfois, la nuit, Émile rêve du soleil.
Invaincus
Il ne sait pas encore qu’en juin prochain, le fort deviendra l’un des plus bombardés de toute la ligne Maginot.


Que les obus géants et les Stukas feront trembler la montagne entière. Qu’ils tiendront bon, lui et ses camarades, sans jamais être pris.
Et qu’ils ne déposeront les armes que sur ordre, après l’armistice.
Pour l’instant, il tend l’oreille. Il guette. Il attend.
À votre tour de descendre
Aujourd’hui, les portes du fort de Schœnenbourg, à Hunspach, s’ouvrent. Imaginez la vie d’Emile et des siens

Parcourez les galeries où ont vécu ces hommes, découvrez leurs chambrées, leurs cuisines, leur infirmerie et les blocs de combat marqués par les combats de 1940. Une plongée saisissante dans l’histoire, au cœur de l’Alsace du Nord.

