Le 19 octobre, Gault&Millau avait donné rendez-vous aux chefs de la région à la Collectivité européenne d’Alsace, à Strasbourg. Au programme, la sortie du guide Grand Est et la remise des trophées. Sur quatorze tables récompensées, onze sont chez nous. On s’en doutait un peu, mais on ne boude pas son plaisir et on lit en ligne aussi !

L’or pour la Villa René Lalique
Paul Stradner est né à Graz, en Autriche. Il rêvait de cuisiner en France alors qu’il n’en parlait pas la langue. Avant d’arriver à Wingen-sur-Moder, il a passé sept ans à la Schwarzwaldstube de Baiersbronn et dirigé les cuisines du Brenners à Baden-Baden. En 2017, il rejoint Jean-Georges Klein à la Villa René Lalique. Trois ans plus tard, c’est lui qui prend les commandes. Ses assiettes gardent un accent autrichien, mais le produit vient d’ici. Avec 17,5/20 et quatre toques, il repart avec le Gault&Millau d’Or. Pas mal pour un garçon qui ne savait pas dire bonjour en arrivant.
De:ja, le duo qui monte à Strasbourg
David Degoursy a fait des études de lettres et commencé comme plongeur au Maïence. Jeanne Satori, originaire de Mulhouse, est ingénieure en écologie. Ni l’un ni l’autre n’a usé ses tabliers dans une grande brigade. Ça ne les a pas empêchés d’ouvrir De:ja en 2021, de décrocher deux toques l’année suivante, puis trois en 2025. Lui en cuisine, elle en salle, mais les plats s’inventent à deux. Ils parlent de cuisine de territoire plus que de terroir. Comprenez des plantes sauvages, des petits maraîchers, et des vins nature pour accompagner. Le guide leur donne 15,5/20 et le trophée Grand de Demain.
Un accueil qui fait la différence à Sessenheim
L’Auberge au Bœuf a changé de nom. Elle s’appelle maintenant Maison Héritage, depuis que Patricia et Christian Rothacker l’ont reprise en 2025 avec le chef Yannick Germain. Patricia a roulé sa bosse, dix ans à l’étranger, un passage chez Hilton, puis vingt-six ans chez Montblanc. C’est elle qui tient la salle, et on sent que le métier du service, elle l’a dans les doigts. Trophée Accueil, 15/20 et trois toques pour la maison.

Le Val de Villé à l’honneur avec Chez Guth
Yannick Guth a grandi à Steige. Il a fait ses classes Chez Julien, à Fouday, avant de passer par l’Auberge de l’Ill chez Marc Haeberlin, puis par Flocons de Sel chez Emmanuel Renaut. En 2015, il rentre au village et s’installe dans une ancienne ferme-auberge avec sa femme Emmanuelle, qui gère la salle et la cave. Déjà Jeune Talent en 2017, il obtient cette fois 14/20, deux toques et le trophée Prairies et Pâturages.
Des épices indiennes à Ribeauvillé
Elle vient des Ardennes, lui de Bhopal. Virginie Jacquet et Anish Chourey se sont connus en 2003 à l’hôtel de l’Europe, à Horbourg-Wihr. Ensuite, ils ont beaucoup bougé. Saulieu, Joigny, la Ferme Saint-Siméon, cinq ans au Moulin de Mougins, le Domaine de Roncemay. Cette année, ils ont repris le Relais des Ménétriers, après être venus le voir une soixantaine de fois, de leur propre aveu. Dans l’assiette, les épices de l’Inde se glissent ici et là. Le guide leur attribue deux toques, 13,5/20 et le trophée Cuisine de la Mer, des Lacs et des Rivières.
La Thaïlande s’invite à Altkirch
Tout le monde l’appelle Fem. Khotphan Theerawat est né dans la province de Nong Khai et s’est formé à Bangkok, au R-Haan. En Alsace, il a rejoint les frères Klanklong, ceux de L’Orchidée, qui lui ont confié Yim en 2025. Ça pique, ça sent les herbes fraîches, et son Tom Yam Kung a déjà ses habitués. Jeune Talent de l’année, avec 13/20 et deux toques.
Villa K, la cuisine au comptoir
Zacharie Kraemer a appris au Relais de la Poste de La Wantzenau. Il a ensuite travaillé trois ans chez Yoann Conte, puis chez Olivier Nasti et Jean-Yves Schillinger, avant de devenir le second de Fabien Mengus à L’Arnsbourg. Son projet, il l’a monté à Oberlauterbach, son village, juste à côté du verger familial. Chez lui, on mange face au chef, qui cuisine derrière le comptoir. Trophée Terroir d’Exception, 13/20 et deux toques.
Weyersheim garde ses tartes flambées

Joffrey Kientzel est né à Weyersheim. Lui aussi est passé par le Relais de la Poste, puis par Chez Yvonne à Strasbourg pendant quatre ans. Avec sa femme Marine, pâtissière, il a d’abord lancé un service traiteur. En mai 2025, ils ont racheté l’Auberge du Pont de la Zorn. Les tartes flambées maison sont toujours là, Naturlii, mais la carte s’est enrichie de leur propre cuisine. Le trophée Tradition d’Aujourd’hui leur va comme un gant. 13/20, deux toques.
Mademoiselle 10, une sommelière pâtissière
Céline Nopre a grandi au-dessus du restaurant familial, la Toque Blanche, à Bénestroff, en Lorraine. Formée à l’école hôtelière de Metz, puis à la pâtisserie, elle ouvre Mademoiselle 10 à Strasbourg en 2017, avec le soutien de son père. Depuis qu’il est parti, c’est son frère Thibaut qui est aux fourneaux. Elle partage son temps entre les desserts et la salle, et le guide salue son travail sur les vins avec le trophée Sommelier.
Kaysersberg, entre la winstub et le parrain
À la Winstub du Chambard, Alizée Marchal reçoit le trophée Éloquence. On y mange de la choucroute, du gibier des chasses du patron, des plats qui tiennent au ventre. Le patron, justement, c’est Olivier Nasti. Sa Table affiche 19/20, il a été Cuisinier de l’Année 2023 et Gault&Millau d’Or en 2018. Cette année, il parrainait la soirée. Beaucoup des lauréats sont passés par chez lui, et ça se voit.
Et le reste du Grand Est ?
Trois tables seulement viennent d’ailleurs. Bouche Bée à Verdun, Le Royal à Champillon et La Mangeoire à Nonsard-Lamarche. Elles se découvre lors de “sorties” plus lointaines.
Pour tout le reste, c’est en Alsace que ça se passe.

