Il y a des dimanches qui ont un goût particulier. Celui du 11 octobre en faisait partie. À l’Art’Rhéna de Vogelgrun, posé au bord du Rhin, l’Institut des arts et traditions populaires d’Alsace soufflait ses 50 bougies en remettant ses Bretzels d’or.

Une Légion d’Honneur alsacienne
Cinquante ans à distinguer, de la « légion d’honneur alsacienne » celles et ceux qui portent l’Alsace plus loin, quel que soit leur terrain leur talent. Fier d’en être, Ça mérite qu’on s’y arrête un moment.
A la mémoire de Joseph Rey
Cette année, la promotion porte le nom de Joseph Rey. Député-maire de Colmar, il fut l’un des artisans de la réconciliation entre la France et l’Allemagne. Un choix qui a du sens, à quelques mètres de la frontière.
Les lauréats, maintenant. Et quelle brochette.
Yannick Lefrançois, d’abord, dont le trait de dessinateur de presse croque l’actualité depuis des années. Puis l’association Les Amis du Herr Maire, menée par Damien Foltzer, qui a redonné vie au premier film parlant tourné en alsacien, en août 1939. Imaginez un peu : notre langue enregistrée sur pellicule à la veille de la guerre. Claude Herold, connu pour son long travail de mémoire autour des Malgré-nous, a lui aussi été salué pour sa participation à cette restauration.
Des bretzélisés gourmands et gourmets aussi

Côté papilles, Perrine Hilberer a été récompensée pour avoir repris les Confitures du Climont et prolongé une si gourmande histoire. Olivier Nasti, le chef étoilé du Chambard à Kaysersberg, était également de la fête. Et le Syndicat des producteurs du crémant d’Alsace a reçu son bretzel l’année même où l’AOP Crémant d’Alsace fête ses 50 ans. Deux anniversaires qui trinquent ensemble, forcément.
Mira, la cinémathèque régionale numérique installée à Strasbourg, complète le tableau. Sa présidente et cofondatrice, Christiane Sibieude, sauve depuis des années les films amateurs tournés dans la région. Des mariages, des fêtes de village, des balades en famille : toute une Alsace en super 8 qui aurait pu finir au grenier.

Enfin, Nicolas Fischer, auteur, compositeur et interprète, a été distingué pour ses chansons en alsacien. Avant de dévoiler un morceau vivifiant !
Le trophée Jean-Marc Schaffner
Les communes avaient aussi leur trophée, baptisé Jean-Marc Schaffner. Altkirch décroche la première place grâce à sa Forêt enchantée, et sa maire Isabelle Pi est venue chercher le prix en costume du Sundgau. Joli clin d’œil. Guebwiller arrive deuxième pour la manière dont elle met en valeur l’œuvre du céramiste Théodore Deck. Kembs complète le podium après avoir acheté puis rénové la maison Ebner.

Petite nouveauté pour ce jubilé : un prix spécial régional, le Bretzel d’or prix Marius Lavet Alsace. Il est né d’un partenariat entre l’Institut, la fondation Marius Lavet et l’Arisal, l’association régionale des ingénieurs et scientifiques d’Alsace. Premier lauréat, Alain Strasser, fondateur et dirigeant d’Aerial. Une façon de rappeler que l’alsacianité se cultive aussi dans les laboratoires.
Rendez-vous à Mutzig !
Et après ? Rendez-vous le 3 octobre 2027 au Dôme de Mutzig pour la prochaine cérémonie. Bernard Kuentz, président de l’Institut, voit déjà plus loin. Dès l’an prochain, il aimerait organiser une fête populaire au printemps pour soutenir de jeunes Alsaciens, toutes disciplines confondues, avec des chèques à la clé. L’idée est simple : qu’ils prennent le relais.

Cinquante ans après sa création, l’Institut ne regarde donc pas seulement dans le rétroviseur. Il prépare la suite, dès maintenant…
PHOTOS (c) Corinne Longhi

