Il y a des touristes qui arrivent en car, l’appareil photo en bandoulière, et il y a ceux qui débarquent à la nage, sans billet ni guide, en pleine nuit. Selon les DNA et surtout le compte instagram, un castor a été aperçu ces jours-ci lors d’une promenade nocturne dans la Petite France. Pas pressé, pas farouche, il a fait sa petite tournée au bord de l’Ill, entre les maisons à colombages et les vieux ponts, comme n’importe quel visiteur venu admirer le plus beau quartier de Strasbourg. Sauf que lui, il connaissait le chemin par l’eau.

Le retour d’un habitant historique
On rit, mais il faut le dire : ce castor n’a rien d’un égaré. Il est chez lui. Le castor d’Europe a mis des siècles à revenir chez nous après avoir été chassé presque jusqu’à disparaître, et le voilà qui remonte nos rivières, discret, travailleur, têtu comme un bon Alsacien.

Découvrez la vidéo en ligne (c) – Marc Hunts !
L’Ill, le Rhin et leurs bras morts lui vont très bien. La ville aussi, apparemment.
Quand la ville change de locataires
Et il n’est pas le seul à s’y plaire. La nuit, quand les terrasses se vident, Strasbourg change de locataires. Le renard traverse les parcs comme s’il avait payé sa taxe d’habitation. La fouine s’installe dans les greniers et fait la fête dans les moteurs de voitures. Le hérisson patrouille les jardins de la Robertsau. Le ragondin, lui, a carrément pris ses quartiers le long des quais.
Tout là-haut, des faucons pèlerins guettent les pigeons depuis la cathédrale, avec une vue que bien des hôtels nous envient. Et la cigogne, naturlii, n’a jamais eu besoin d’invitation pour se poser sur nos toits.
Un coin de nature sous les pavés
Toute cette petite faune vit à côté de nous, souvent sous notre nez, sans qu’on la remarque. Elle nous rappelle que la ville n’est pas un bloc de béton coupé du reste, mais un coin de nature avec des pavés par-dessus. Une rivière propre, des berges un peu sauvages, quelques arbres qu’on laisse vieillir, et la vie revient. C’est plutôt une bonne nouvelle.
Repérage avant le marché de Noël
Reste une question. Pourquoi la Petite France, et pourquoi maintenant, fin octobre ?
On a notre petite idée. Ce castor n’était pas en balade. Il faisait du repérage. Dans quelques semaines, Strasbourg va se transformer en capitale de Noël, avec ses chalets, ses lumières, son vin chaud et, surtout, son Grand Sapin dressé place Kléber. Un arbre immense, livré tout exprès, planté en plein centre-ville. Pour nous, c’est un symbole. Pour un castor, c’est un buffet à volonté.
Le Grand Sapin en ligne de mire
On l’imagine déjà, le soir de l’inauguration, caché derrière un chalet de bredele, à calculer combien de nuits il lui faudra pour ramener tout ça jusqu’à l’Ill. Il a sans doute déjà choisi l’emplacement de son barrage, juste sous un pont, avec vue sur les illuminations.
Un chalet en bois, après tout, il sait faire. Mieux que certains exposants.
Alors cet hiver, si vous voyez le Grand Sapin pencher un peu, ou s’il manque une ou deux branches au matin, ne cherchez pas trop loin. Il a de sacrées dents.
Hopla, bienvenue chez nous, l’ami castor. Et pas touche au sapin.

