17 octobre 2021

Jean-Luc Braesch, art, gargouilles et cathédrale

Avec Jean-Luc Braesch, nous rencontrons un artiste entraperçu à Bischheim avec son exposition de 2021. Un univers reliant une réalité, celle des gargouilles et paysages qui nous entoure avec nos imaginaires titillés et éveillés par la cathédrale de Strasbourg. Quelque part, son univers nous relie tant à la proximité, celle de l’Alsace et de ses monuments que d’univers à la John Howe. A découvrir de la part de Made in Alsace.

Photo Jean-Luc Braesch 

Jean-Luc Braesch, l’équipe Made in Alsace, vous a découvert il y a longtemps déjà, lors d’expositions et là nous revenons vers vous pour vous faire découvrir à nos lecteurs. Qui êtes-vous ?

Jean-Luc Braesch : Diplômé de l’École des Arts Décoratifs, après avoir passé une grande, même trop grande partie de ma vie dans la publicité à Paris, je suis revenu en Alsace que je redécouvre avec des yeux neufs, et où je peins enfin pour moi. J’ai exposé au « Salon des 40 » de 2019 à Saint-Louis près de Bâle puis à « la Cour des Boecklin » en 2021. 

De retour à Strasbourg, face à la Cathéderale, j’ai ….

Puisque l’on parle d’exposition, nous avons découvert un temps votre « redécouverte » des châteaux d’Alsace, mais surtout votre regard sur les gargouilles. Dites-nous en plus.

Photo Jean-Luc Braesch 

Jean-Luc Braesch : J’ai commencé par peindre plusieurs châteaux d’Alsace pour illustrer la couverture d’un livre de Michèle Romby « Le Dit du Chevalier Fantôme » qui nous relate les légendes de ces ruines.

De retour à Strasbourg, face à la Cathédrale, j’ai eu le même choc visuel que beaucoup de touristes ou de voyageurs, un peu comme si je la voyais pour la première fois au lieu de la considérer, comme quand j’étais petit, à la façon d’une sorte de mobilier urbain, un monument que l’on est habitué à voir là.

Je redécouvre cette cathédrale et ses gargouilles avec leurs physionomies souvent féroces et maléfiques qui ricanent, qui hurlent, qui sourient de travers. Elles ont toutes un point commun : elles nous regardent de haut, nous qui sommes en contrebas.

Et comme ce bâtiment est immense, avec de nombreuses galeries et recoins, il est idéal pour nicher, se cacher et… chasser. On peut y découvrir de nombreuses espèces d’animaux : des faucons, chouettes, chauve-souris, martinets, buses ainsi que des petits rongeurs comme des souris ou des martres. Alors, je me suis mis à les confronter à l’univers des gargouilles et des chimères. Mais pas d’une manière réaliste : je ne peins pas les hôtes présents de la cathédrale, je peins des animaux qui trouvent refuge dans la cathédrale comme dans une arche de Noé.  Comme directeur artistique, j’ai toujours travaillé sur l’impact des visuels dans la publicité et dans l’édition. Pour moi la peinture est une prolongation de ce métier, une façon de regarder différemment ce qui nous entoure.

La Cathédrale et ses démons


« Les gargouilles, nées des innombrables génies du Christianisme que furent les sculpteurs des cathédrales, se confrontent à de vivants témoins, des animaux qui viennent les conjurer ou cohabiter dans un magique lieu d’asile, entre terre et ciel » écrit Michèle Romby dans les textes accompagnant votre album « La Cathédrale et ses démons ». La Cathédrale est donc un lieu de rencontres et de confrontations ? Est-ce qu’il illustre vos toiles ?

Photo Jean-Luc Braesch 

Jean-Luc Braesch : Oui, la Cathédrale est bien un lieu de rencontres et de confrontations. Je cherche avant tout à réveiller ces gargouilles figées dans la pierre depuis plus d’un millénaire, en leur donnant un regard humain. Ce qui donne plus d’intensité à leurs visages, pour une confrontation ou une amitié plus directes avec le monde vivant des animaux.

Amateurs de dessins, toiles et aquarelles, nous avions presque tiré un lien entre votre regard et celui de John Howe dans son album « Cathédrale ». La même fascination pour la Cathédrale « Notre Dame de Strasbourg ». Que vous inspire cette belle strasbourgeoise ?

Jean-Luc Braesch : Je n’avais pas vu le travail magnifique de John Howe, dans son album « Cathédrale » avant de me lancer dans mes peintures sur les gargouilles de Notre Dame. Par ailleurs nous avons été dans la même école, et j’ai eu le même professeur que lui, Mr Lapointe, à l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg. Mais ma démarche est différente, j’ai essayé de peindre la confrontation entre deux univers, entre le monde vivant des animaux et le monde minéral des gargouilles, des statues et des chimères, entre le monde spontané de la nature et l’art issu de siècles de croyance.

L’ange bleu façon Jean-Luc Braesch 

Source d’inspiration et sanctuaire au final ? On a vu aussi sur votre site quelques « détournements » de statues ?

Jean-Luc Braesch : Vous faites allusion à l’ange qui fume une cigarette, on peut y voir un souvenir de l’Ange Bleu de Josef Von Sternberg. Le personnage ailé penché au-dessus du vide est clairement inspirée du film de Wim Wenders « Les ailes du désir », et le détournement de la statue de Synagoga est un hommage clin d’œil au footballeur Maradona.

Où peut-on, pourra-t-on découvrir vos œuvres en plus de votre site internet ?

Jean-Luc Braesch : tout simplement dans mon atelier qui se situe dans le quartier de la Cathédrale. (sur rendez-vous au 06 60 08 34 69)