26 décembre 2019

Couloirs du Temps: Les linteaux, les cartes de visites du passé.

Un nouvel épisode de la série “Couloirs du Temps” de Paul-André Bechler, l’auteur des guides historico-insolito-alsaciens disponible en ligne ou dans les bonnes librairies… On parle cette fois de l’ancêtre de la carte de visite !

Sur de nombreuses maisons alsaciennes, apparaissent les cartes de visites de leur anciens propriétaires. Je veux parler de ce qui figure sur les « linteaux » de portes.

On désigne par le mot « linteau », (en allemand « sturz » ou « riegel » ), la traverse rectiligne ou incurvée qui relie par le dessus les deux montants d’une porte ou d’une fenêtre

Ce linteau très souvent en pierre peut aussi être en bois. Il apparaît progressivement vers le XIVe siècle. Il est d’abord en accolade puis on voit certains linteaux prendre une forme arrondie à partir du XVIIIe siècle.

Une clef de voûte, constituant la pièce centrale va permettre de stabiliser l’ensemble.

Très tôt on se mit à graver divers décors permettant d’identifier son occupant. C’est ainsi que les membres d’une corporation d’artisan employèrent des symboles permettant rapidement de les identifier.

Voici par exemple le linteau d’un miroitier Michel Scherb dans une rue de Kaysersberg. Le linteau indique la date 1601 ainsi que ses initiales « M.S. » et l’emblème de sa profession, un miroir sur pied.

Sur un autre linteau également à Kaysersberg apparaissent les armes de Reinhardt de Wide, riche propriétaire d’un grand ensemble architectural du XVIe siècle situé près des remparts primitifs.

On y distingue un croissant de lune associé aux initiales « R.W. » ainsi que les lettres « H.M.S. » correspondant à son propriétaire de 1715, (Hans Michel Seisser) qui y avait installé l’hôtellerie « Au Pied de Boeuf ».

Dans de nombreux villages alsaciens, vous verrez les deux symboles suivant : une « bretzel » et un petit pain, l’emblème des boulangers .

Voici ce que l’on peut lire sur le linteau de la maison de construite en 1672 pour Iohann Drimbach, bourgeois, boulanger et gourmet de Riquewihr.

Certains motifs étaient purement décoratifs, bien que l’on y faisait apparaître la date de construction de la maison, et les initiales de son propriétaire.

On trouve également des motifs religieux sous la forme de trois lettres « IHS » (Iesous Hominis Salvator) invoquant par cette expression « Jésus sauveur des hommes » et parfois complétés par une croix ou un calice.

A Colmar, au quai de la Poissonnerie, se trouve une maison datée de 1581. En examinant attentivement la fenêtre, vous pourrez apercevoir le symbole des Jésuites « I.H.S. ».

Enfin, un dernier exemple pour conclure. Sur certaines maisons ayant servi d’étapes aux pèlerins de Compostelle, on retrouve sur le linteau la coquille Saint-Jacques caractéristique.

Ce linteau figure sur l’Auberge « A l’Etoile » à Ribeauvillé.

Si vous aussi vous avez repéré des “cartes de visites” près de chez vous n’hésitez pas à les partager en commentaires !