2 août 2019

Château du Haut-Koenigsbourg, visite « guidée » avec son directeur

Diriger, le château du Haut-Koenigsbourg ! Là, vous vous dites qu’il y a pire comme métier. On vous sent même un peu jaloux. Echange exclusif avec Bruno Caro, son directeur.

Made in Alsace : Le château du Haut-Koenisgbourg est rentré dans sa saison 2019. Il complète ses visites plus traditionnelles avec des nouveautés. Que diriez-vous à un visiteur pour l’inviter à (re)visiter le château ?

Le château vous réserve de multiples surprises !

Bruno Caro : Le château vous réserve de multiples surprises ! Au travers d’une programmation riche et variée (visites, ateliers, expositions, animations, concerts…), vous serez assurés de vivre une expérience inoubliable. Tous ces événements permettent de rentrer dans l’histoire du château et de le vivre d’une façon complète. Nous cherchons à offrir à chacun un programme adapté pour une expérience sur mesure : en groupe, en famille, seul, pour découvrir, explorer ou approfondir le château. Le château a de multiples facettes et le but de la programmation est de les mettre chacune en valeur.

Made in Alsace : Vous en êtes le directeur ! On imagine que le cadre de travail doit faire des jaloux. Mais dans les faits, c’est un travail prenant et passionnant. Pouvez-vous nous en parler ?

Bruno Caro   : Le château du Haut-Koenigsbourg est un cadre de travail qui nous surprend et nous apprend toujours. On pense le connaître et le maîtriser mais il y a toujours une pierre ou un détail insolite pour nous surprendre. On s’habitue à ce cadre mais jamais on ne s’en lasse! Le château vit à son rythme : le matin avant l’ouverture ou le soir après la fermeture,  il est un lieu plein de magie où les pierres et le silence dominent. Puis lorsque les visiteurs arrivent le château s’ouvre et se créé avec  une autre ambiance,  plus festive, plus bruyante, plus vivante.

Le travail de directeur du château implique plusieurs missions :

(c) Cedric Populus
  • Une veille sur le bâtiment et la conservation du patrimoine : préserver le site, l’entretenir, le faire vivre.
  • Il a également un rôle moteur dans l’accompagnement des équipes : nous sommes au château comme sur un vaisseau, où chacun prend part à la navigation. La demande culturelle du public évoluant avec une exigence de qualité accrue, il nous faut être au niveau en termes de compétences : se former, anticiper, participer font partie de nos missions.
  • Un autre volet majeur est bien sûr l’accueil du public, la sécurité et la validité de l’offre culturelle. Proposer un programme adapté, qui plaît à son public et créé du lien entre le visiteur et le château.
  • Au-delà de la conservation et de l’animation, il faut aussi se projeter et innover. Poursuivre l’expérience de médiation culturelle avec de nouvelles perspectives. Mettre en place des projets à moyen et long terme, toujours dans une démarche d’innovation.
  • Le château établit aussi un lien avec le territoire : Un château comme celui-ci ne peut pas se développer sans partenariats avec les acteurs culturels, touristiques et économiques. On doit prendre le pouls du territoire et vivre en interaction avec lui. Le territoire a besoin de nous et nous avons besoin de lui.

Made in Alsace : Vous connaissez le château par cœur… Quel est l’endroit où vous vous sentez le mieux ou l’anecdote que vous aimez à partager ?

Bruno Caro   : Les lices sud sont pour moi un petit coin de paradis. C’est un lieu paisible, plein de sérénité, et bien qu’on soit au cœur des murailles, relativement silencieux. C’est de là qu’on a à mon sens la plus belle vue sur le château. Les lices sud comportent en outre l’atelier lapidaire où sont entreposées les pierres extraites lors des fouilles au château.

Des expériences surnaturelles et des grands personnages

Anecdote : la première semaine lorsque je suis arrivé en 2016 deux personnes m’ont parlé d’expériences surnaturelles qu’ils auraient vécues au château. Cela m’a surpris, mais va dans le sens des légendes qui gravitent autour du château depuis le Moyen Âge… Le château est un lieu particulier, qui a été la scène de bien des événements.

La première fois que je suis arrivé au château, j’ai frappé à la grande porte en bois ; c’est un personnage mesurant 2.02 mètres qui m’a ouvert, ce qui m’a bien entendu marqué… Mais la deuxième personne que j’ai croisée sur la suite du parcours n’était pas en reste puisqu’elle devait mesurer 2.03 mètres ! J’ai compris que j’arrivais dans un lieu de grandeur, au propre et au figuré.

Made in Alsace : L’été arrive … L’endroit permet de prendre la hauteur, de fuir parfois les chaleurs de la plaine et en plus, il sera animé. Quelle visite, quel moment fort conseillez-vous ?

Bruno Caro   :  Il y aura vraiment beaucoup à vivre cet été au château ! Parmi les surprises de l’été, n’hésitez pas à découvrir les visites théâtralisées pour être transporté dans l’univers du 15e siècle. A travers l’architecture, le verbe et le costume, vous serez immergés dans la vie quotidienne d’un château-fort médiéval, tout en vous amusant et en vous cultivant.

Le concert de Vaiteani est un autre moment fort de l’été.  Le château n’est pas seulement un monument culturel à visiter, c’est aussi un écrin et une scène vivante. Ses murs résonnent, créant une alchimie positive entre les musiciens et leur public -lorsque l’événement est en phase avec la forteresse bien sûr. Le concert de Vaiteani vous fera vibrer, en écho avec le château, la tête dans les étoiles et à la lueur du crépuscule…

Made in Alsace : Le château traverse le temps. Et vous, en tant que directeur des lieux, comment voyez-vous son avenir ?

Bruno Caro : Son avenir, je le conçois très positivement. Le château a encore beaucoup de ressources pour l’instant inexploitées : on n’a pas encore fait entièrement le tour de ses collections, de son histoire. Il reste des collections à valoriser, des secrets cachés qu’on ne montre pas … Il y a donc encore des ressources à faire valoir pour exploiter le potentiel complet du château. C’est un chantier permanent : son rayonnement peut s’accroître, tout en préservant son intégrité et sa beauté.  L’avenir du château je le vois donc rayonnant, à condition de respecter la notion de temps… On met en place des actions à court terme, pour que « tourne la roue du moulin », et à long terme. Certaines actions prennent du temps à mettre en place, pour des raisons techniques, budgétaires, logistiques… Mais le château a traversé les siècles ; il nous apprend à gérer le temps. On ne peut pas aller plus vite que lui, on doit aussi le respecter. Ce serait une erreur de vouloir tout  bousculer et aller trop vite.