28 octobre 2026

François Lenhardt, le gardien de la Maison des Tanneurs s’en est allé

Publié le 28 octobre 2026

Il y a des maisons qui ont une âme. Et il y a des hommes qui la leur donnent. François Lenhardt s’en est allé, et rue du Bain-aux-Plantes, les colombages de 1572 semblent un peu plus lourds ce matin.

Près de cinquante ans. Un demi-siècle passé à recevoir, nourrir, raconter. Quand on poussait la porte de la Maison des Tanneurs, on savait qu’on allait bien manger. On savait aussi qu’on allait croiser François, quelque part entre la salle et les cuisines, avec ce regard tranquille de celui qui est exactement à sa place.

La Gerwerstub, c’était sa maison

Les tanneurs ont quitté la Petite France depuis longtemps, mais la vieille maison a gardé quelque chose de cette époque où l’on travaillait dur et où l’on mangeait franchement. François Lenhardt y tenait. Il ne l’a jamais transformée en décor.

Ici, la choucroute était servie comme elle doit l’être. Généreuse, longuement mijotée, accompagnée d’un verre de riesling bien choisi. Escargots, foie gras, baeckeoffe : tout ce que l’Alsace compte de plats qui réchauffent avait sa place sur la carte. Rien de spectaculaire. Du vrai. Pour lui, un restaurant historique n’avait pas besoin de se réinventer chaque saison pour rester vivant. Il avait besoin de quelqu’un qui le respecte.

L’amour des bonnes choses

François Lenhardt aimait les bons produits comme on aime les gens : avec fidélité. Il connaissait ses fournisseurs, ses vignerons, l’histoire de chaque bouteille. Quand il parlait d’une choucroute, il parlait aussi du chou, du terroir, de la patience qu’il faut pour bien faire.

Pour l’émission A’ Gueter de France 3, il avait préparé devant André Muller e’ Sürkrüt mit Werscht un Seneft, sans chichis, avec le naturel de quelqu’un qui en a cuisiné des milliers. La transmission sans la leçon. En 2020, il ouvrait la Boutique des Tanneurs juste en face, pour que chacun puisse repartir avec un morceau de la maison sous le bras.

Une gentillesse qui ne se forçait pas

Avec François Lenhardt, l’accueil alsacien n’était pas un cliché. Une gentillesse discrète, jamais appuyée. Un mot pour le client de passage, une attention pour l’habitué, une patience infinie avec les touristes qui découvraient la choucroute pour la première fois. Ceux qui ont travaillé à ses côtés gardent le souvenir d’un patron exigeant, oui, mais juste.

Un engagement de toute une vie

Cinquante ans dans la même maison, aujourd’hui, ça ne se fait plus. Les modes passent, les guides changent d’avis. La Maison des Tanneurs, elle, est restée fidèle à elle-même. Parce qu’un homme veillait. Il connaissait chaque poutre, chaque escalier qui grince de cette demeure classée monument historique. Il se voyait moins comme le patron que comme le gardien des lieux.

On ne remplace pas un homme comme François Lenhardt. On peut seulement continuer ce qu’il a fait : servir avec cœur, cuisiner honnêtement, et accueillir chaque personne qui pousse la porte comme si elle comptait.

Adieu Monsieur Lenhardt. Et merci pour toutes ces tablées.

À sa famille, à ses proches et aux équipes de la Maison des Tanneurs, Made in Alsace adresse ses plus sincères condoléances.

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