Aux origines de la Fête des pères, on trouve Saint Joseph et les moines médiévaux. Vous ne le saviez pas, mais avant de devenir ce troisième dimanche de juin où l’on offre un gilet alsacien, une bouteille de bière en chocolat, la Fête des Pères a une histoire longue — très longue. Notre mémoire en fait…
Aux origines de la fête des pères

Dans les pays catholiques, on célèbre originellement les pères de famille depuis le Moyen Âge, à la date du 19 mars, jour de la Saint Joseph. Savez-vous que l’on nomme le père putatif de Jésus sous le titre de Nutritor Domini, le Nourricier du Seigneur.
Selon une tradition antique, le culte rendu à ce père adoptif se développe dès le Ve siècle dans certains monastères égyptiens, avant de rayonner progressivement vers l’Occident.
Sa fête fixée au 19 mars apparaît pour la première fois en l’an 800 dans un martyrologe gallican abrégé de Rheinau— un manuscrit rhénan, donc, aux portes de l’Alsace.
Le hasard fait bien les choses
Ce culte mettra des siècles à s’imposer. Le pape Sixte IV introduit la fête du 19 mars au Bréviaire romain en 1479, mais la commémoration reste encore exceptionnelle. Il faut attendre le décret de 1621 du pape Grégoire XV qui en fait une fête de précepte pour que la célébration des pères prenne véritablement son envol.

Cette date du 19 mars est ainsi encore aujourd’hui conservée dans quelques pays de tradition catholique, notamment le Portugal, l’Espagne, l’Italie— et dans le canton du Tessin, en Suisse.
La fête moderne…
La Fête des Pères telle qu’on la connaît aujourd’hui naît pourtant d’une autre histoire — américaine, civile, portée par une femme debout face à une injustice simple.
La première fête des pères non religieuse est créée au début du XXe siècle aux États-Unis. C’est la fête instituée le 19 juin 1910 par Sonora Smart Dodd.
Cette institutrice rend hommage à son père, William Jackson Smart, un vétéran de la guerre de Sécession qui avait élevé seul ses six enfants après la mort de son épouse.
Elle répare un manque : la Fête des Mères existe déjà — les pères, eux, attendaient.
Son choix initial était de célébrer cette fête le 5 juin, jour anniversaire de son père, mais le pasteur l’avertissant qu’il n’aurait pas le temps de préparer son sermon spécial, aussi une autre date fut choisie, le troisième dimanche de juin.
En 1972, le président Richard Nixon instaure la Fête des pères comme célébration nationale et en fait un jour férié.
En France, tout commence par un briquet…
Ce que l’on sait moins, c’est la façon dont la fête a atterri dans les foyers français. L’histoire est savoureuse. C’est le fabricant breton de briquets Flaminaire, basée à Redon, qui a l’idée, le premier en 1949, de créer une fête des pères pour des raisons certes commerciales.

Son directeur, Marcel Quercia, pour aider au lancement de son briquet à gaz dans l’hexagone, lance la fête des pères en 1950, le troisième dimanche de juin, sur le modèle américain, avec le slogan « Nos papas nous l’ont dit, pour la fête des pères, ils désirent tous un Flaminaire ».
En 1952, est finalement créé un comité national de la fête des pères, chargé d’instaurer un prix récompensant les pères les plus méritants. La fête commerciale était née.
Elle ne quittera plus le calendrier.
Paradoxe que cette célébration née d’un acte de filiation sincère aux États-Unis, récupérée en France par la réclame d’un briquet.
Fêter les pères ….
Et pourtant, derrière le marketing, quelque chose de vrai s’est installé dans les familles — une occasion de s’arrêter, de revenir, de dire. Un détour par l’Allemagne voisine : le Vatertag, fête virile et décomplexée L’Alsace étant ce qu’elle est — une terre de frontières et d’entre-deux —, il serait dommage de ne pas jeter un œil de l’autre côté du Rhin.
En Allemagne, on célèbre parfois la fête des pères, le Vatertag, d’une façon assez différente. On la célèbre toujours à l’Ascension, le jeudi, 40 jours après Pâques, qui est un jour férié. Dans certaines régions, on l’appelle Männertag (le jour des hommes) ou Herrentag (le jour des messieurs).
La tradition allemande est nettement plus festive — et moins familiale. Les hommes partaient en groupe, à pied ou en vélo, avec une charrette chargée de bières.
Côté alsacien, on garde une approche plus mesurée — la table familiale plutôt que la randonnée bachique.
En Alsace, la fête s’invite à table
L’Alsace n’a pas attendu un décret papal ou un briquet publicitaire pour chérir la figure paternelle. Ici, le père de famille a longtemps incarné une autorité tempérée par la convivialité, un pilier autour duquel gravitait la Stub — cette pièce centrale et chauffée qui servait à la fois de salon, de salle à manger et de cocon familial. Le Rhin n’est-il pas aussi un temps, un Vater Rhein ?
La Fête des Pères en Alsace, c’est avant tout une invitation à table.



Et quelle table. Dans les winstubs de Strasbourg, de Colmar ou d’Obernai, les réservations pour ce troisième dimanche de juin s’arrachent plusieurs semaines à l’avance.
On vient en famille, en tablées de huit ou dix, pour commander la choucroute royale — celle qui déborde de la terrine, chargée de lard fumé, de palette, de knacks craquantes et de Montbéliard, un baeckeoffe préparé la veille dans un plat de grès, ou encore un Flammekueche sorti brûlant du four à bois, crème fraîche et lardons fondus sous les doigts.
Des virées en famille du nord au sud de l’Alsace
Les virées en famille : entre vignes, châteaux et forêts vosgiennes Pour les familles qui cherchent à sortir des sentiers balisés du restaurant, l’Alsace offre ce jour-là un terrain de jeu exceptionnel.
Le mois de juin est généreux : les vignes sont en fleur, les cols vosgiens dégagés, les marchés animés. Une promenade sur la Route des Vins, du côté de Ribeauvillé, Hunawihr ou de Riquewihr, est une façon élégante d’offrir au père quelques heures de dolce vita à l’alsacienne.
Plus au nord, le château du Haut-Kœnigsbourg surplombe la plaine d’Alsace avec une arrogance assumée, et les gamins adorent en arpenter les remparts. Comment ne pas passer vers la Volerie des Aigles et ses ombrages si agréables par temps chaud.
Pour les amateurs de nature, le massif des Vosges propose des randonnées douces autour du lac Blanc ou du lac Noir, dans un décor de sapins et de granit — avec moins de monde et plus de kougelhopf au retour.
Le cadeau alsacien : ce qu’on met dans les mains d’un père
Offrir quelque chose à un père alsacien, c’est souvent lui parler à travers ses sens. Les coffrets de charcuterie artisanale de producteurs locaux connaissent chaque année un pic de ventes à cette période : saucissons à l’ancienne, chacuteries fumées, terrines de campagne.
Ceux qui savent faire dénichent leurs trésors sur les marchés paysans du week-end ou directement chez les charcutiers-traiteurs qui perpétuent les savoir-faire de la salaison. Les épiceries fines de la région proposent également des assemblages de bières artisanales alsaciennes.

Pour les pères à la fibre culturelle, les Médiévales de Lichtenberg qui reprennent vie en ce mois de juin 2026, prolongent la célébration bien au-delà du dimanche. Un gilet alsacien revisité par Geht’s In ?
Ce que la fête dit de nous
Il y a quelque chose de particulièrement juste dans le fait de célébrer les pères en juin, en Alsace, quand la lumière s’attarde jusqu’à vingt-deux heures sur les vignes et que l’été tient encore ses promesses.
La fête a traversé quinze siècles. Elle reste debout parce qu’elle touche à quelque chose d’essentiel : la reconnaissance, la filiation, le temps partagé. La Fête des Pères n’a pas besoin de grandiloquence. Elle a besoin d’une chaise libre à côté de lui, d’un verre plein, et d’un peu de temps sans se presser.
En Alsace, on sait faire ça bien. Aimons les pères vivants, souvenons nous de ceux partis et vivons cela ensemble. Et chez vous ? C’est quoi la tradition ?

