Thierry Kranzer, un alsacien à New York pour défendre le dialecte

kranzer_edito_rezThierry Kranzer est président de de l’Union Alsacienne de New York, employé des Nations Unies, il est mène un combat permanent pour la défense de la langue alsacienne. Est-ce la proximité avec la statue de la liberté qui le motive, sans doute. A la tête du Fonds International pour la Langue Alsacienne,  né à Castroville, il poursuit son combat pour sauver et soutenir le dialecte.  Made in Alsace l’a rencontré ! 

Made in Alsace : On vous découvre animateur de l’Union Alsacienne de New York… On connaissait « l’English man in New York, que vient y faire un Alsacien comme vous ?

Thierry Kranzer : Ma présence à New York est un peu le fruit du hasard et de la nécessité. Nécessité, parce qu’au chômage en France après avoir travaillé pour un élu qui a pris sa retraite, et hasard parce que le réseau international alsacien m’a permis d’avoir accès à un concours pour rentrer à l’ONU…le 11 septembre 2001. 

Made in Alsace : On découvre parfois un attachement plus fort à l’Alsace des Alsaciens de l’étranger que des Alsaciens en Alsace. Cela s’explique comment ?

Un Fonds International pour la Langue Alsacienne

Thierry Kranzer : Les ethnologues expliquent que la distance vous permet de distinguer avec une meilleure acuité toutes les spécificités de votre identité. Prendre de la distance permet de voir ce que l’œil ne distinguait pas lorsqu’il était trop près.  C’est confronté à l’étranger que son identité se révèle lorsque les cinq sens sont défiés. C’est à l’étranger qu’on se rend compte à quel point cette identité est une formidable carapace.  Pour conquérir le monde, il faut des racines.   

Made in Alsace : Vous avez lancé une fondation « L’IFAL », International Fund for the Alsatian Language (IFAL), comment et pourquoi est née cette initiative ?

Thierry Kranzer : Cette initiative est née suite à un appel lancé par les Alsaciens du Texas à Adrien Zeller, le 8 avril 2002, lors de l’inauguration de la Maison alsacienne de Castroville.  « Nous avons échoué à préserver la langue alsacienne au Texas. Vous, vous n’avez pas le droit d’échouer » ont lancé le père Stuebben et le Maire adjoint Guy Holzhaus à Adrien Zeller, en rappelant que l’alsacien a été langue dominante de cette région du Texas – ouest de San Antonio –parce que la région était dotée d’un système éducatif en immersion complète en langue allemande et alsacien. 

Ces écoles ont fonctionné de 1844 à 1916, date à laquelle elles ont été interdites suite à l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Allemagne.  Ensuite, la langue a mis trois générations à disparaitre.  En 2014, le plus jeune locuteur à 71 ans.  Les années ont passé et finalement les statuts du FILAL ont été adoptés en août 2011, lors de l’Assemblée générale de l’Union internationale  des Alsaciens (UIA), dans les locaux de la Chambre de commerce de Colmar. 

Made in Alsace : quelles furent les premières actions du Fonds pour la langue alsacienne  ? Comment peut-on l’aider ?

Thierry Kranzer : Le FILAL a été présenté pour la première fois le 22 août 2014 aux associations de l’Union internationale des Alsaciens. Fin août et début septembre, elle a été présentée à la Ville de Schiltigheim, au Conseil général 68, au Rotary d’Ensisheim, ainsi qu’en direct sur la chaîne de TV Alsace 20. Nous sommes encore dans une phase de promotion du concept d’immersion complète en langue régionale dès la crèche. Nous essayons de contacter des associations pour les inviter à organiser chaque année un évènement dont les profits seront versés au FILAL. L’année dernière un club de foot a organiser un match amical en décidant de verser les profits de la buvette au FILAL.  Nous répondrons à toute invitation pour présenter ce projet.

Made in Alsace  : Si vous aviez un message à lancer aux Alsaciens d’Alsace et aux lecteurs de Made in Alsace, quel serait-il ?

Thierry Kranzer : Le message principal est qu’il faut prendre conscience que la langue régionale ne peut plus être sauvée sans immersion totale en maternelle.  Les Israéliens nous ont même montré que l’on pouvait faire renaître une langue morte grâce au principe de l’immersion totale en maternelle.  Les Québécois nous l’on démontré depuis 1977. Les Catalans, les Gallois et les Bretons plus récemment ont réussi à augmenter le pourcentage de locuteurs de moins de dix ans grâce à l’immersion complète.  Le Fonds breton récolte 300 000 euros chaque année pour soutenir le réseau associatif immersif (4000 élèves) grâce à un système de virements mensuels de 10, 20, 30 euros. 

10 EUROS par mois ! 

1426218_507019096063000_1213346338_nAidez-nous à développer une base aussi large que possible de petits donateurs qui nous permettra de financer une demande lorsque celle-ci se fera jour.  Si nous avons 1000 donateurs qui acceptent de virer 10 euros par mois, nous pourrons construire des écoles et payer des salaires.  Le fonds n’accepte aucun frais de fonctionnement.  Les membres sont des bénévoles qui voyagent et téléphone à leurs frais au bénéfice de ce projet, de façon à ce que 100% des dons soient consacrés au projet d’immersion

Ailleurs, cette immersion totale dans la langue dite minoritaire est la condition sine qua non à l’émergence d’un réel multilinguisme nationale. La Suisse assure un enseignement immersif en français pour 1,8 millions de francophones. La Finlande assure depuis 1921 un cursus d’enseignement complet en suédois alors même que les suédophones représentent moins de 6% de la population.

En pratique, une bonne partie de la population finlandaise grâce à cette incitation devenue bilingue. En 1962, au Pays de Galles, l’éducation nationale a lancé un enseignement entièrement en langue galloise qui touche aujourd’hui près d’un tiers des élèves. Depuis l’adoption de la constitution espagnole de 1978, des cycles complets d’enseignements sont organisés en catalan, basque et galicien et depuis peu aussi, la Slovénie garantit l’enseignement immersif du hongrois dès la maternelle dans les zones correspondante. 

Bref, il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais d’appliquer à l’alsacien ce qui a permis de sauver les autres langues minoritaires ailleurs.  Le premier pas sera décisif. 

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